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Négociations sur le traité sur les plastiques : de l'impasse de Busan à la reprise à Genève, pourquoi la gouvernance mondiale est-elle si difficile ?

Les négociations sur le traité mondial contre la pollution plastique n'ont toujours pas abouti à un consensus après cinq ans, les restrictions de production et les questions de financement constituant les principaux points de divergence. Cet article analyse les difficultés des négociations et les perspectives d'avenir sous l'angle de la gouvernance mondiale.

Un parcours difficile de cinq ans

Des fragments de plastique apparaissent dans les profondeurs de la fosse des Mariannes, des microplastiques pénètrent dans le placenta et le sang humains. En accumulant les preuves sur ces découvertes, les scientifiques ont fait de la pollution plastique bien plus qu'une image sur les affiches des organisations environnementales : c'est désormais l'une des questions les plus urgentes de l'agenda de gouvernance mondiale. Pourtant, un traité mondial visant à mettre fin à la pollution plastique tarde toujours à être finalisé à la table des négociations.

De la résolution historique adoptée par l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement en 2022 aux réunions de suivi qui se multiplient aujourd'hui à Genève, les pays mènent depuis plus de cinq ans un bras de fer autour du contrôle de l'ensemble du cycle de vie des plastiques. Il ne s'agit pas seulement d'un jeu environnemental, mais aussi d'un point de convergence entre les modèles de développement économique, les règles commerciales et les intérêts géopolitiques.

Un problème structurellement difficile pour un objet « mondial »

La pollution plastique présente une dimension transfrontière typique. Une rivière emporte des déchets plastiques dans l'océan, qui dérivent ensuite sur des milliers de kilomètres jusqu'à d'autres côtes ; les microplastiques circulent dans l'air, les aliments et l'eau douce, et aucun pays ne peut les arrêter seul. Cette mobilité physique constitue la base logique d'une action mondiale unifiée.

Mais l'action mondiale s'est heurtée dès le départ à une réalité fragmentée. Au cours des dernières décennies, les réponses de la communauté internationale à la pollution plastique sont restées principalement au niveau des engagements volontaires, des accords régionaux et de la gestion en aval. La Convention de Bâle encadre les mouvements transfrontières de déchets plastiques, et la Conférence des Nations Unies sur les océans a appelé à maintes reprises à s'attaquer aux déchets marins, mais ce ne sont que des réparations partielles. Ce qui doit réellement changer, c'est toute la chaîne du plastique, de la production à la consommation en passant par l'élimination — un projet systémique qui touche au cœur même de l'économie.

En mars 2022, 175 pays ont adopté une résolution à l'Assemblée des Nations Unies pour l'environnement, décidant de créer un comité intergouvernemental de négociation (CIN) et l'autorisant à élaborer un traité mondial juridiquement contraignant sur la pollution plastique. Cela a été considéré comme l'accord multilatéral sur l'environnement le plus important depuis l'Accord de Paris. Mais la résolution n'est que la ligne de départ ; la véritable difficulté réside dans la transformation de cette ambition en dispositions concrètes acceptables par tous les pays.

Des négociations marathon et des divergences qui achoppent sans cesse

La première réunion du comité de négociation s'est tenue fin 2022 dans le petit pays sud-américain qu'est l'Uruguay. Ensuite, de Paris à Nairobi, d'Ottawa à Busan, chaque réunion s'est accompagnée d'intenses consultations sur les textes et d'échanges de positions. La réunion de Busan de novembre 2024 devait conclure les négociations, mais aucun consensus n'a pu être atteint. En août 2025, la réunion a été transférée à Genève pour une reprise des travaux, mais s'est de nouveau soldée par une suspension. En février 2026, les négociateurs sont retournés à Genève et ont enfin élu un nouveau président — Julio Cordono, ambassadeur du Chili à Genève —, mais les divergences de fond restent toujours sur la table.

Au cœur des divergences se trouve la question de savoir ce qu'il faut négocier exactement et jusqu'où aller dans la réglementation.D'un côté, il y a les revendications du « camp de l'ambition ». Menée par le Rwanda et la Norvège, la « Coalition de haute ambition » préconise que le traité limite la production de polymères primaires, favorise une consommation durable et établisse un système d'économie circulaire couvrant tout le cycle de vie. Pour elle, se concentrer uniquement sur la gestion des déchets reviendrait à laisser le problème s'aggraver. De l'autre côté, certains pays exportateurs de produits pétrochimiques et de grands producteurs de plastique sont extrêmement sensibles à un « plafond de production », craignant que cela n'affecte leur industrie nationale et leur compétitivité commerciale.

Ce désaccord revient en réalité à la question suivante : le traité sur les plastiques doit-il être un « grand nettoyage » ou une « transformation industrielle » ? Le premier exige simplement que les pays améliorent le traitement des déchets plastiques, tandis que le second appelle à une transformation structurelle de l'industrie du plastique, dont le modèle repose sur les combustibles fossiles.

La question du financement est tout aussi déterminante. Les pays en développement souhaitent que le traité institue un fonds multilatéral dédié au soutien des infrastructures de gestion des déchets, au transfert de technologies et au renforcement des capacités. De nombreux pays développés, eux, insistent sur le principe du « pollueur-payeur », exigeant que la responsabilité incombe principalement aux producteurs et aux consommateurs. La manière de définir le principe des « responsabilités communes mais différenciées » est redevenue, ici, un point central de discorde.

Qui pousse, qui freine ?

Les négociations mondiales ne se déroulent jamais uniquement entre gouvernements. La participation des milieux d'affaires et de la société civile donne à ce jeu de pouvoirs une dimension supplémentaire.

La « Coalition des entreprises pour un traité mondial sur les plastiques », réunie par la Fondation Ellen MacArthur et le WWF, regroupe des dizaines d'entreprises et d'institutions financières. Ces entreprises constatent que les risques réglementaires et les risques de réputation liés à la pollution plastique sont en hausse ; plutôt que de subir passivement, elles préfèrent participer activement à l'élaboration des règles afin de prendre une longueur d'avance dans la course à l'économie circulaire. Les géants des biens de consommation courante et les fabricants d'emballages entrevoient de nouveaux marchés grâce aux technologies de recyclage et de réutilisation. Mais dans le même temps, les entreprises pétrochimiques traditionnelles craignent que le traité ne réduise la demande pour leurs produits de base. Ces fractures au sein du secteur rendent le cours des négociations internationales encore plus complexe.

Les organisations environnementales, quant à elles, jouent le rôle de « superviseurs ». Avant les négociations de Busan, le mouvement « Break Free From Plastic », avec Greenpeace et d'autres organisations, a lancé une action de signatures intitulée « Défenseurs du changement » pour tenter de faire pression sur les négociateurs. La participation de la société civile rend le processus de négociation transparent, mais elle rend aussi les positions des parties plus difficiles à concilier, car tout compromis risque d'être dénoncé comme une « trahison des promesses ».

Genève : « champ de bataille » et « salle de médiation » de la gouvernance environnementale mondiale

Pourquoi Genève ? Cette ville, qui ne compte que quelques centaines de milliers d'habitants, est pourtant le centre de la gouvernance environnementale mondiale. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement, l'Organisation mondiale du commerce, l'Organisation mondiale de la santé, les secrétariats des trois conventions internationales sur les produits chimiques, ainsi que de nombreuses autres institutions internationales y sont regroupés. Sur le dossier des plastiques, Genève n'est pas seulement un lieu de négociation, mais aussi un carrefour reliant le commerce, la santé, les droits humains et les questions environnementales.

Lors de la réunion INC-5.2 d'août 2025, les pays ont examiné la possibilité d'aligner le traité sur les plastiques avec les règles du commerce international. L'Organisation mondiale du commerce discute depuis longtemps des liens entre la pollution plastique et les politiques commerciales, notamment les barrières tarifaires, les normes de produits et les listes de produits chimiques. La position unique de Genève en fait le point de convergence de ces discussions transversales.Mais vu sous un autre angle, Genève est aussi une vitrine des limites de la gouvernance mondiale. Les négociations s’y prolongent sans cesse, les documents s’y révisent sans fin, preuve que les mécanismes multilatéraux fondés sur le consensus peinent souvent à produire rapidement des résultats face à de profonds conflits d’intérêts. À l’instar des négociations sur le climat, celles sur les plastiques deviennent un terrain qui ne cesse de rappeler au monde le « déficit de gouvernance ».

Pourquoi le traité sur les plastiques est-il si difficile à conclure ?

On peut peut-être comprendre cet enlisement à travers trois niveaux.

Premièrement, le plastique est une « infrastructure » de l’économie moderne. Des emballages alimentaires aux équipements médicaux, des matériaux de construction aux composants électroniques, le plastique est presque partout. Restreindre sévèrement la production de plastique, c’est provoquer des répercussions en chaîne sur d’innombrables secteurs en aval. Les pays étant à des stades d’industrialisation différents, leur définition des « usages essentiels » diffère naturellement.

Deuxièmement, la chaîne de responsabilité de la pollution plastique est extrêmement longue. En amont, l’extraction pétrolière ; au milieu, la production de polymères ; en aval, les marques et les distributeurs ; tout au bout, les consommateurs et les gestionnaires de déchets — chaque maillon tente de repousser le coût sur le suivant. Un traité efficace doit toucher simultanément à la répartition des intérêts de tous ces maillons, ce qui est bien plus difficile qu’un simple accord de réduction des émissions.

Troisièmement, l’environnement géopolitique n’est pas favorable à la coopération multilatérale. Ces dernières années, les frictions commerciales mondiales se sont intensifiées, et l’opposition Nord-Sud s’est durcie dans les négociations sur le climat et la biodiversité. La question du plastique ne peut pas s’affranchir de ce climat général. Alors que les pays sont déjà en proie à de multiples contradictions dans les domaines de la sécurité, des tarifs douaniers, de l’énergie, etc., parvenir à un consensus sur le plastique est naturellement d’autant plus difficile.

Un avenir sans alternative

Même si le processus de négociation avance péniblement, la direction, elle, est irréversible. Aucun pays ne peut prétendre avoir déjà résolu le problème de la pollution plastique. Même des régions aussi avancées que l’Union européenne dans la législation sur l’économie circulaire sont confrontées aux défis concrets de la pollution par les microplastiques et de l’exportation des déchets. Les actions volontaires et les accords régionaux peuvent apporter certaines expériences, mais ils ne sauraient remplacer des normes minimales communes à l’échelle mondiale.

Tout le monde sait qu’un traité sans contenu substantiel et sérieusement dilué ne mérite pas d’être signé. Mais dans le même temps, un traité trop ambitieux, qui ne recueillerait pas l’approbation d’un nombre suffisant de pays, resterait lettre morte. Les prochaines négociations seront un art de trouver l’équilibre entre « ambition » et « faisabilité ».

La session de reprise de Genève ne fait que commencer. Le nouveau président, le diplomate chilien Cordono, fait face à une table de négociation plus divisée que jamais. Mais, comme le plastique lui-même, le processus de négociation peut être étiré, déformé, mais pas ignoré. Le traité mondial sur les plastiques est appelé à voir le jour dans un avenir proche — mais sous quel visage, cela dépendra encore de la volonté des pays de trouver ce passage étroit entre leurs intérêts propres et l’intérêt commun.

Route des preuves · global-city-wire

global-city-wire replace cette note dans Un reseau de distribution d'actualites urbaines couvrant politiques publiques, projets, infrastructures et.... Grands titres / Breves urbaines / Actualites politiques explique l'angle éditorial local; dates, noms et changements de statut restent à vérifier (les Liens sources doivent être ouverts avant de reprendre le résumé).

Source links

  1. https://www.genevaenvironmentnetwork.org/resources/updates/international-cooperation-on-plastic-pollutionPrimary

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