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La cérémonie du café à la frontière : comment l'Éthiopie et le Kenya utilisent la coopération académique pour remodeler la résilience de la Corne de l'Afrique
Un séminaire transfrontalier ouvert par une cérémonie de bénédiction du café teste actuellement un nouveau modèle de gouvernance des frontières africaines — l'université n'est plus seulement une productrice de connaissances, mais un pôle d'action qui relie l'humanitaire, le développement et la paix.
Dans la région de Borana, dans le sud de l'Éthiopie, un atelier s'est ouvert avec une cérémonie traditionnelle de bénédiction du café. Ce n'était pas une simple performance culturelle, mais un symbole délibéré : des deux côtés de la frontière, la langue, les groupes ethniques et les moyens de subsistance partagés ont bien plus de réalité que la ligne de démarcation sur les cartes. À la mi-août, l'Université de Borana et le projet Spiritan Community Outreach Ethiopia (SCORE) ont co-organisé un atelier transfrontalier de deux jours sur le nexus humanitaire-développement-paix (HDP), avec la participation non seulement d'institutions académiques éthiopiennes et kenyanes, mais aussi d'organisations de développement de l'Église catholique, de Caritas Marsabit, de Caritas Lodwar et des structures de gouvernance locale des deux pays.
La question centrale de cet atelier est l'un des défis les plus tenaces de la Corne de l'Afrique : comment établir une paix et une sécurité alimentaire durables dans les zones arides et semi-arides (ASAL), soumises à de fortes variations climatiques et à des ressources de plus en plus rares ? L'expérience des dernières décennies montre que l'aide humanitaire seule ou les projets de développement pilotés par les gouvernements peinent à s'attaquer aux causes profondes du problème. Les sécheresses détruisent périodiquement les moyens de subsistance, l'incertitude des moyens de subsistance des pasteurs dégénère souvent en conflits autour de l'eau et des pâturages, et les conflits affaiblissent à leur tour la capacité d'adaptation des communautés. Ce cercle vicieux se produit précisément dans une région partagée d'un point de vue écosystémique mais divisée par les frontières nationales.
De la « question frontalière » au « système frontalier »
La pensée de gouvernance traditionnelle tend à considérer les zones frontalières comme les confins de la souveraineté nationale, mais ici, la frontière elle-même est un système vivant. Les routes de transhumance, les marchés à bétail, les liens de parenté et les points d'eau saisonniers forment un tableau complexe qui ne respecte pas les frontières administratives. Comme l'a dit Mammo Beriso, directeur du projet SCORE, dans son discours d'ouverture : « Les frontières peuvent séparer les territoires, mais elles ne doivent jamais séparer notre vision commune de la paix et du développement. » Cette phrase va droit au cœur du problème : toute stratégie visant à résoudre les questions frontalières dans un cadre national unilatéral est, par essence, incomplète.
Lancé en octobre 2023, ce projet transfrontalier porte un nom qui indique clairement « le renforcement des capacités pour la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la consolidation de la paix dans les zones frontalières Éthiopie-Kenya ». Il ne cherche pas à éliminer la frontière, mais reconnaît sa réalité et fait de la frontière elle-même un espace potentiel de coopération. Cette perspective régionaliste pragmatique est particulièrement rare dans le contexte géopolitique de la Corne de l'Afrique. Les accords d'infrastructure à grande échelle entre États attirent souvent l'attention, mais ce sont souvent ces projets « capillaires » négligés qui déterminent réellement les moyens de subsistance de dizaines de millions de pasteurs.
Le « nouveau rôle » des institutions académiques学术机构的“新角色”
此次研讨会最值得关注的,或许不是项目本身,而是Borana大学在其中扮演的位置。副校长Galma Bonaya在欢迎辞中强调,要建立“将学术研究直接与社区真实需求相连接的循证解决方案”。这句话听上去像标准口号,但放在具体语境中,却可能意味着一种深刻的角色转型。
博拉纳大学并非一家全球排名靠前的研究型大学,它坐落于边境地带,其师生与当地牧区社会有着天然的联系。当这样一个机构参与到跨界HDP项目中时,它不再只是知识的产出者,更是一个“中介者”——把田野调查变成政策语言,把社区经验编码成可传播的知识,再通过这些知识反哺实践。研讨会上展示的研究主题,包括生计多样化策略对牧区粮食安全的影响、跨界牲畜市场营销、低地作物与饲草技术的大规模示范等,几乎全部指向具体的操作层面。没有脱离现实的抽象模型,没有宏大却空洞的理论框架。
这正是全球发展研究长期缺失的一环。多边机构与大型NGO往往掌握资本与话语权,却缺乏对地方语境的细腻理解;本地社区拥有传统知识与自组织机制,却又很难被正式的政策过程所吸纳。像Borana大学这样身处边境的学术机构,恰好站在两者的交汇点上。它不是要取代谁,而是提供一种翻译与连接的功能。
MAP框架:一种被低估的制度创新
项目采用了“多行为体伙伴关系”(Multi-Actor Partnership, MAP)框架,旨在促进政府、公民社会组织、学术机构、HDP从业者、研究者、国际发展伙伴以及两国社区领导结构之间的协同行动,并消除操作上的重复。这种表述在国际发展报告中并不新鲜,但真正值得追问的是:它是否只停留在文件层面?
从研讨会的设置来看,MAP框架至少在两处显示出实质性的运转逻辑。其一,研究议程的选择本身是由项目伙伴共同协商的,而非由单一机构推动。其二,研讨会特别设置了“研究-实践对话”环节,让牧民代表、地方政府官员与研究者同席而坐。这看似平常的安排,在现实中其实相当罕见。多数研讨会倾向于让学术论文依次宣读,听众被动接收,而此次会议试图打破这种单向模式。Bien sûr, le cadre MAP est également confronté à des défis structurels. Les systèmes de gouvernance locale de l'Éthiopie et du Kenya sont différents, les modes de répartition du pouvoir y sont variés, et les organisations ecclésiastiques, les institutions universitaires et les gouvernements ne parviennent pas toujours à s'accorder sur l'allocation des ressources et les priorités de décision. L'atelier, à lui seul, ne peut pas résoudre ces frictions profondes, mais il offre au moins une plateforme où elles peuvent être discutées ouvertement. Dans la configuration politique actuelle de la Corne de l'Afrique, cet espace de dialogue franc a en soi une valeur.
« L'industrie de la résilience » face à la crise climatique
La préoccupation centrale de l'atelier est de savoir comment les sociétés pastorales peuvent maintenir leur survie de base et leur dignité face à des sécheresses prolongées et à des chocs répétés. Traditionnellement, l'aide humanitaire tend à répondre aux besoins urgents, les projets de développement se concentrent sur les infrastructures à long terme, et la consolidation de la paix est souvent traitée comme un domaine politique distinct. Ce découpage fait que de nombreuses interventions sont soit efficaces à court terme mais non durables, soit cantonnées à des politiques générales qui peinent à se concrétiser sur le terrain.
Le cadre triangulaire HDP (Humanitaire-Développement-Paix) est précisément apparu pour briser ce cloisonnement. Cette collaboration entre l'Université de Borana et SCORE tente de traiter simultanément ces trois dimensions dans un espace géographique concret. La culture de fourrages résistants à la sécheresse, l'amélioration des couloirs de commerce du bétail, les mécanismes de médiation des conflits communautaires — ces mesures semblent dispersées, mais elles composent ensemble un « filet de résilience ». Leur logique n'est pas de transformer radicalement le mode de vie traditionnel des éleveurs, mais de trouver de nouveaux espaces de survie pour ce mode de vie dans le contexte des bouleversements climatiques.
Dans une perspective mondiale, il s'agit en réalité d'une expérience de « gouvernance climatique adaptative ». La Corne de l'Afrique est l'une des régions les plus vulnérables du monde, mais elle est depuis longtemps en marge de la géostratégie. Les projecteurs des rivalités entre grandes puissances se tournent rarement vers les pâturages de Borana, mais ce qui s'y passe pourrait offrir des expériences de gouvernance de référence pour d'autres régions arides — le Sahel, l'Asie centrale, l'Asie du Sud.
Le monde après l'atelier
L'atelier ne dure que deux jours, mais le cycle de vie du projet va bien au-delà. Depuis 2023, la plateforme MAP a déjà impulsé plusieurs cycles de dialogue et d'interventions sur le terrain des deux côtés de la frontière. Le défi suivant consiste à transformer le consensus de l'atelier en un mécanisme institutionnalisé de coordination transfrontalière. Les projets de recherche universitaires peuvent prendre fin, les financements internationaux peuvent être redirigés, mais la confiance accumulée entre les communautés, elle, perdurera.
La particularité de ce cas ne réside pas dans l'ampleur de son innovation, mais dans le choix d'une voie laborieuse et solide : refaçonner progressivement les fondements sociaux de la gouvernance frontalière par la production et le partage de savoirs locaux. En ce sens, la cérémonie de bénédiction du café n'est pas un simple ornement d'ouverture ; elle rappelle à tous les participants que, bien avant que les frontières ne soient tracées, les populations d'ici partageaient déjà un ensemble de règles de coexistence et de réciprocité. Ce que la gouvernance moderne doit faire, ce n'est pas d'inventer un nouvel ordre, mais de trouver le moyen de faire fonctionner à nouveau l'ordre existant après qu'il a été brisé.
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